La vache et le Prisonnier

  • « Vous passez la corde derrière les épaules pour vous freiner, et vous descendez comme çà à reculons ; je vous montre… »

Je fais le premier pas… mais pas le second. Enfoncé jusqu’à mi-cuisse, je dois avoir le sourire crispé du type surpris.

Impassible, ou presque, j’enchaine et lance l’autre pied cherchant une neige plus dure. Même cause, même effet ! Je sens que, là-haut, ça comme à jaser, à rire sous cape, à douter de mes recommandations.

  • « Je dois être encore trop près des rochers… »

J’y vais cette fois plus franchement et me vautre lamentablement dans la neige molle

Pourtant, la trace de montée est à peine à 5 mètres sur ma gauche et la neige a bien tenu à cet endroit. Mais voilà, il a bien fallu que j’accroche la corde quelque part et un magnifique arbre, légèrement sur le côté semblait faire l’affaire. Ben non, mauvaise pioche, ici, la neige ne porte pas.

Confortablement installés dans le col, tout le monde a bien compris qu’il fallait juste descendre prudemment par où nous étions montés et que la corde serait inutile à cet endroit. La troupe m’abandonne à mon triste sort et commence à descendre doucement pendant que je regagne lamentablement la bonne trajectoire. Solitude de l’encadrant.

Alors que je m’apprête à installer la corde pour franchir une petite barre et le névé qui suivra, arrivent la vache et le prisonnier !

Petit retour en arrière.

Canon d’Anisclo. A gauche, le Mondoto. A droite, notre objectif, les Sestrales

 

Deux jours au paravent, en revenant de Broto, nous avons pris la route de Fanlo et Nérin pour nous assurer de l’état dans lequel se trouvaient les Sestrales. Au vu de la quantité de neige que nous avons eu au Comodoto, Marius et moi craignons que le couloir Ouest ainsi que les balcons Sud-Est ne soient trop enneigés. Ben non finalement. Après avoir discuté avec une garde du Parc National, il s’avère que la neige fond très vite depuis 3 jours et, moyennant amener une corde au cas où, la troupe des 14 participants devrait pouvoir monter au sommet.

J’en avait profité pour montrer à grand renfort de gestes le long parcours, d’abord vers le Sud-Est, puis ensuite revenant dans l’axe du couloir qui donnait accès au col.

J’avais aussi bien averti tout le monde que les 300 derniers mètres de dénivelée se faisaient dans un des pierriers les plus désagréables que je connaisse. Souci supplémentaire pour ceux qui découvraient l’endroit, le dis pierrier paraissait très raide vu de notre point d’observation. Je savais que ça n’était pas le cas, mais allez donc expliquer la raideur d’une pente de cailloux à 2 kms de là !

Nous commencerons à marcher à 8h30 ce mardi 23 Avril en suivant le GR15 en direction de Bestués durant plus d’une heure et demi. Il y a eu tellement de neige cette année qu’une bonne quinzaine d’arbres couchés sur le sentier ralentiront notre progression sérieusement. Je le signalerais d’ailleurs au retour et ils devraient à présent être dégagés.

Un des arbres couchés sur le chemin (bonjour Christine)

 

Nous faisons une pause au moment de quitter le GR15 et prendre à gauche le chemin des Sestrales. Jusqu’ici, tout va bien ! Nous bénéficions de très bons éclairages et les environs se découvrent au fur et à mesure que nous prenons de l’altitude.

Bel éclairage durant la montée

Plein Sud et plein de plissements

Nous parvenons enfin après plus de 2 heures et demi au bas du pierrier. Effectivement, le cheminement n’est pas si raide qu’il y paraissait vu de loin.

Chacun va progresser à son rythme jusqu’aux premiers névés qui annoncent des pentes finales  plus raides. J’installe une corde et nous parvenons au col sous El Fraile (2001) sans encombre.

Première barre rocheuse à franchir

Enchainement neige puis barre rocheuse sous le col. Corde fluo immanquable

 

Arrivée au col, le Castillo Major montre son grand plateau en forme d’entonnoir. Ce sera notre sommet de demain.

De là, la vue s’ouvre vers l’Est et la Peña Montanesa impose sa masse au regard. Plus vers le Nord, Le Castillo Major et le Cotiela se découvrent. Quasi à nos pieds, le village de Bestués.

El Fraile (2001), magnifique doigt qui rend les Sestrales si reconnaissable de loin

 

Les balcons Sud-Est heureusement très peu enneigés

Le sentier part à présent, serpentant entre les coussins de belle-mère, vers une petite barre rocheuse que nous franchissons facilement pour atteindre les balcons de la face Sud-Est. Le chemin, quasi à plat, nous mènera à la cheminée donnant accès au plateau supérieur. Cette partie peut être impressionnante quand elle est enneigée car les pentes donnent directement sur le vide.

Balcons Sud-Est depuis la sortie de la cheminée

Nous trouvons très peu de neige, facile à éviter, enchainerons ensuite facilement avec la cheminée pour nous retrouver tous ensemble sur le plateau sommital.

En haut de la cheminée qui donne accès au plateau sommital

La cheminée se découvre quasi entièrement

Il est complétement enneigé et je le sais constitué d’un lapias dangereux dans ces conditions. Je recommande à tous de bien rester dans la trace du premier.

Finalement, c’est après 5h15 de montées que nous parvenons au sommet du Pic Sestrales (2076) aussi appelé Petite Sestrale.

Ici, la vue du Canyon d’Anisclo face aux plissements du Mondoto nous arrache des exclamations de surprise tant la Nature a, ici encore, fait preuve d’une imagination débordante. L’ensemble des hauts sommets du Monte Perdido et des 3 Marias brillent de toute la blancheur d’une neige encore très présente en cette fin de mois d’Avril.

Panoramique depuis le sommet de la Petite Sestrale.

Le Mondato et ses plissements. Entre nous, le canyon d’Anisclo

Derniers efforts avant l’arrivée au sommet de la Petite Sestrale (2076). Plein centre, au loi, la Peña Montanesa.

 

Nous ne nous attarderons pas après le casse-croute et filerons facilement jusqu’au col du Fraile avant d’attaquer la fastidieuse descente du fameux pierrier.

Et c’est là que nous retrouvons la vache et le prisonnier.

La vache et le prisonnier

Notre ami JeanMi, s’il a le pied montagnard, doit prendre beaucoup sur lui quand la pente devient raide. Mais l’animal a trouvé la parade, enfin, son ange gardien, en la personne de Marius dont la patience et le calme sont légendaires. Nous les voyons arriver, encordés et concentrés, JeanMi ouvrant le chemin, Marius veillant au grain, non sans nous rappeler Marguerite et Fernandel.

  • « Oui, vas-y là, c’est bon. Tu te retournes. A reculons à présent ».

Et tels l’élève et le maître, la petite caravane descend, tout doucement mais très régulièrement, L’un au bout de l’assurage, l’autre, tranquille, quelques tours de cordes passés autour du buste maitrisant la situation. No stress.

Descente du pierrier

Barres sous le col

Belles trajectoires

Une fois le pierrier avalé, les difficultés techniques seront derrière nous.

Le retour ne sera que simple formalité, un peu long certes, avec quelques chutes sans gravité dues à la fatigue. Plus de 10 heures de randonnée quand même.

Une bonne bière à Escalona et nous nous séparons déjà de la grande majorité du groupe qui rentre en France dès ce soir après 4 jours de randonnées. Il en reste autant pour les 7 autres qui continueront à découvrir cette partie si attachante de l’Aragon.

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